DE L'ETAT D'ESCLAVAGE, PROLETAIRE A UNE LUEUR D'ESPOIR
Tous les hommes naissent égaux. C'est prévu à l'article 1 de la DUDH. Être égaux voudrait présomptueusement qu'il n'y ait pas des privilégiés et des ignorés, qu'il n'y ait pas des nobles et des ignobles, des richards et des pitoyables.
Et pourtant, dans notre communauté il y a une catégorie de personnes qui échappent aux regards de tous, alors que plus que jamais ces personnes crient leurs détresses et disent :" c'en est assez".
Les travailleurs domestiques sont des personnes, présumés employés, et qui accomplissent des tâches ménagères.
En République démocratique du Congo, les domestiques sont apparus au bon moment qu'il ne fallait pas. Jadis, une femme au foyer s'occupait d'une façon effective de sa maisonnée et de sa maison. Puis vint le jour où elle a compris qu'elle devra participer au développement socio-économique du pays, et par conséquent, elle devrait avoir dorénavant besoin de quelqu'un pour lui rendre des services relatifs au ménage. Malheureusement, fort malheureusement les premières personnes à avoir embrassé la carrière de travailleurs domestiques ont jetés des mauvaises bases pour tous les autres domestiques qui y passeraient, car ces personnes faisaient le travail domestique puisqu'ils étaient désespérés, ils étaient de basse classe, sans instruction, des mendiants, des pauvres, ignorant leurs droits, et leurs devoirs aussi. Et encore aujourd'hui, ou Peut-être hier, c'est le genre de portrait que les gens de notre communauté ont, vis à vis des domestiques. Ce phénomène est d'autant plus à la base de toutes les violences répugnantes aux quelles les domestiques sont sujets. Qui plus est, le plus irritant est que plus de 80% de ces domestiques sont des femmes. Ces femmes subissent des violences graves qu'on ne pourrait infliger aux hommes. Ces violences basées sur le genre ont, encore au 21eme siècle pour objectif de dénigrer les personnes, tout simplement parce qu'elles sont femmes. Pour Peut-être réaliser à quel point la situation est alarmante, voici l’histoire d'une femme qui, depuis maintenant plus de 10ans travaille comme domestique.
BEATRICE, est son prénom, BUNGOYA son post-nom. Cette femme est mariée et elle a 5 enfants. Dans une interview elle a parlé des différentes expériences quelque peu fâcheuses qu'elle a eues dans son métier de travailleurs domestiques.
Elle dit :
“j'ai commencé le métier de travailleuse domestique à 20 ans. Je ne suis jamais partie à l'école. Je devrais donc trouver un moyen de gagner ma vie" elle poursuit en disant < la première maison dans laquelle j'ai travaillé j'y ai quitté puisque, pendant que la femme de mon patron est partie à l'hôpital accoucher, cette nuit-là mon patron a voulu coucher avec moi, j'ai refusé, confie-t-elle. Puis il voulait me forcer de me mettre au lit j'ai crié, un voisin a entendu et voulait savoir ce qui se passait, Le patron a fait diversion, mais heureusement à ce moment tout était interrompu. J'avais compris que j'étais en danger et le matin, je suis donc rentrée chez moi”.
Elle poursuit en disant :
“la deuxième maison dans laquelle j'ai travaillé, le patron et sa femme vivaient à Kinshasa. Je ne vivais donc qu'avec leurs enfants. Puis le fils ainé de la maison a commencé à me menacer de me renvoyer si je ne me mettais pas au lit avec lui. Avec le temps, j'ai donc réalisé que ma place n'était pas là. " pouvez - vous seulement imaginer le traumatisme qu'elle a ressentie ? Une jeune fille de 20 ans pourrait être marqué pour la vie à cause des harcèlements sexuels encore plus des viols perpétrés ! Elle confie :" les larmes sortaient de partout, dans les yeux, et dans le cœur”.
Cette femme ajoute en disant :" le troisième ménage dans lequel j'ai travaillé était celui des expatriés indiens. Je devrais faire toutes les tâches de la maison, et pour ça encore je ne me lamentais pas. Mais seulement voilà, je préparais la nourriture, mais je ne devrais plus manger ». Elle poursuit en disant “ils laissaient des quantités mesurées à eux seuls, et rien pour moi. J'ai trouvé cette situation rabaissant et humiliante mais en plus ne me permettais pas de bien faire les autres travaux”.
Toutes ces violences qu'a connues Beatrice sont en revanche quelques-unes des violences que subissent les travailleurs domestiques au quotidien. Elles sont abusées sexuellement par leurs patrons ou même par leurs voisins du fait de leur vulnérabilité.
Elles sont surexploitées dans des ménages, certaines étant même contraintes de travailler plus de 15heures dans un seul jour.
Elles sont rémunérées des salaires dérisoires qui ne leur permettent pas de prendre soin d'elles même encore moins de leurs familles. Elles ignorent et leurs droits et leurs devoirs, ce qui fait d'elles des proies pour tous les abus.
Mais alors toutes leurs vies n'ont donc aucune importance ? Le fait que ces femmes vivent le calvaire au quotidien, n'irrite donc personne ?
Ces femmes domestiques méritent une attention toute particulière, comme toutes ces femmes qui sont dans les secteurs de travail ou elles sont susceptibles de connaître des violences de genre.
Et heureusement pour elle, c'est possible de sortir de L'état d'esclave, de prolétaire jusqu'à voir une lueur d'espoir à l'horizon, où toutes les femmes domestiques du Congo jouiront de tous les droits reconnus aux travailleurs partout en RDC, le moment où les femmes domestiques cesseront d'être vues comme des mendiants mais plutôt comme des professionnelles conscientes de leurs droits et leurs devoirs.
C'est exactement dans cette optique que travaille UFEDOC (union des femmes domestiques du Congo), une organisation humanitaire locale œuvrant dans la ville de Goma. UFEDOC se veut de prendre fait et cause pour les travailleurs domestiques, son dessein étant de promouvoir et de protéger les droits des travailleurs domestiques.
Beatrice, citée ci-haut est membre de UFEDOC depuis 3 ans. Elle est vice leader d’un groupe de parole de nyabushongo (un groupe de parole est un espace où sont réunies toutes les femmes domestiques, et dans lequel ces femmes échangent sur les violences qu’elles rencontrent, et trouvent des solutions palliatives. UFEDOC regroupe les domestiques dans chaque quartier de la ville de Goma). Et comme pour les quelques 500 membres, Beatrice a bénéficié, grâce à UFEDOC, d’une prise en charge psychologique par des écoutes puis par des séances de détraumatisassions. Elle bénéficie de la réinsertion socio-économique par une subvention lui donnée par UFEDOC, qui lui a permis, aujourd'hui d'ouvrir un restaurant où elle peut gagner de l'argent en plus de ce qu'elle peut gagner dans le ménage dans lequel elle travaille. Pour UFEDOC, le but ultime c'est d'améliorer les conditions de vie des travailleurs domestiques.
Beatrice finit l'interview en disant : " je suis reconnaissante à UFEDOC. Grace à leurs enseignements je sais qu'un domestique a des droits et des devoirs. UFEDOC m'a appris comment me comporter avec mon patron pour garder mon travail ; et même m'a donné gratuitement des formations professionnelles pour m'améliorer au travail. Mais en plus je remercie UFEDOC de nous avoir formé sur comment faire fonctionner nos petites activités entrepreneuriales et surtout merci de m'avoir subventionné. "
La lutte est encore grande. L'organisation UFEDOC ne contrôle jusque-là que 500 domestiques dans la ville de Goma contre des milliers des femmes domestiques qui subissent encore d'innombrables et cruelles violences. Ne détournons pas les yeux.
Nous recommandons donc
- A toute la communauté, A tous les groupes de syndicat de faire pression sur L'Etat pour qu'il ratifie les conventions 189 et 190 de l'organisation internationale du travail, pour que les travailleurs domestiques soient reconnus par le code du travail congolais, et qu'ils jouissent ainsi de tous les droits des travailleurs.
- Que L'état amende la loi pour prévoir des peines Lourdes contre l'exploitation des domestiques et ensemble, unissons-nous pour dire non aux violences faites aux femmes et aux jeunes filles.
Ensemble pour promouvoir et protéger les droits des travailleurs domestiques.