Les femmes déplacées de guerre en quête du travail domestique dans la communauté d’accueil.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la République démocratique du Congo (RDC) comptait plus de 5 millions de déplacés internes à la fin de 2023, dont plus de 1,6 million dans la province du Nord-Kivu, où se trouve la ville de Goma.

Goma est une ville située au bord du lac Kivu, à la frontière avec le Rwanda. Elle est le chef-lieu de la province du Nord-Kivu et compte environ 2 millions d'habitants. Elle est aussi le théâtre de multiples tensions politiques, sociales et sécuritaires, liées à la présence de groupes armés, à l'exploitation des ressources naturelles, et à l'éruption du volcan Nyiragongo en mai 2021.

Face à l'insécurité et la pauvreté dans leurs régions d'origine, de nombreux déplacés de guerre se rendent à Goma dans l'espoir d'y trouver un refuge et gain pour assurer leur survie. Certains se retrouvent quémander dans la ville et ceux qui le peuvent, font du « porte à porte » à la recherche du métier domestique, un travail qui consiste à effectuer des tâches ménagères, comme le nettoyage, la cuisine, la lessive, le lavage des véhicules ou la garde d'enfants, chez des particuliers ou des organisations.

La recherche de travail

Le travail domestique est l’un metier classé d’informel en RDC suite à sa complexité. Il présente des particularités qui devrait etre prises en compte par le code du travail congolais afin de servir des stratégies pour combler le vide face aux différends entre travailleurs domestiques et employeurs. Certaines femmes déplacées de guerre se lancent dans la communauté en vue de trouver par tous les moyens comment assurer leur survie et celle de leur famille. Cela étant, le travail domestique est l’un des métiers le plus accessibles et qui ne présentent pas trop d’exigences. Cela se justifie par le fait que ce secteur qui est généralement désorganisé et loin du regard des inspecteurs du travail et beaucoup loin de celui des responsables etatiques de la prévoyance sociale et du travail. C’est pourquoi, le travail domestique se présente généralement comme étant un travail sous-rémunéré, méprisé, qui ne tient pas compte de la sécurité sociale et n’offre aucune protection pour les personnes qui l’exercent, ni pour ceux qui emploient.

Malheureusement, ces femmes déplacées qui n’ont aucun choix, car, étant obsédé par leur survie, se retrouvent mêlé et confronté à de nombreux défis et risques dans ce milieu de travail dont : les conditions de travail précaires non rassurantes, salaire rémunération incertaine, exposé aux risques d’harcèlements et autres formes EAS (exploitation et Abus sexuel), non définition des taches, traitement inhumain de la part de certains employeurs sans scrupules…

Certains déplacés de guerre témoignent des atrocités auxquelles ils sont obligés de faire face à chaque horizon :

« Je viens de KIBUMBA et je m’étais installé dans un camp des déplacés en fuyant la guerre. La vie au camp est trop difficile et je dois survivre. C’est pourquoi de temps en temps je vais dans la communauté pour trouver de petit boulot comme puiser de l’eau contre un paiement. Malheureusement il m’arrive de puiser de l’eau pour certains employeurs tel que convenu et quand je finis, on ne me paie pas comme convenu et je ne sais pas comment me plaindre, ni auprès de qui le faire car je ne suis qu’une déplacée de guerre. » A déclarée Pascaline, une fille de 15 ans, déplacée de guerre en provenance de Kibumba dans le territoire de Nyiragongo.

De plus, ces déplacés sont souvent victimes de discrimination et de stigmatisation en raison de leur statut de déplacés, ce qui les rend encore plus vulnérables à l'exploitation et aux abus.

« Lorsque nous passons dans des avenues pour aller chercher du travail, nous sommes parfois hués, insultés et traiter des refugier.», a déclaré Aimerance, une jeune fille de 16ans, en provenance de Kibumba aussi.

En outre, la plupart de ces déplacés n'ont pas accès à des mécanismes de protection sociale ou de soutien, les laissant sans défense face à l'exploitation et à l'injustice.

L’insécurité et la vulnérabilité

La situation de guerre et d’insécurité à Goma aggravent la vulnérabilité de ces femmes. Non seulement elles doivent faire face à la précarité de leur emploi, mais elles sont également exposées à des risques accrus en raison de l’instabilité de la région. Cela peut inclure des violences sexuelles, des exploitations et des abus de toutes sortes. En outre, elles sont souvent la cible de violences basées sur le genre, qui sont exacerbées par le conflit et l’insécurité.

Il est crucial de reconnaître et de répondre à la vulnérabilité des toutes ces personnes déplacées de guerre installées dans différents Camps de déplacés dans la ville de Goma. Des efforts doivent être fournis pour assurer leur sécurité et améliorer leurs conditions de vie au sein de ces camps des déplacés. Pour ceux et celles qui se lancent à la recherche du métier domestique dans la communauté pour assurer leur survie, il est primordial pour le gouvernement provincial à travers ses leaders communautaires, de mettre en place des mécanismes d’identification et enregistrements de ces personnes selon les quartiers et les avenues.

En RDC, le travail informel est présent dans près de 70% des activités économiques. Pour les travailleurs domestiques l’informalité courante ne fait pas figure d’exception. Mais c’est une catégorie de travailleurs vulnérables, car exerçant souvent de manière isolée pour des ménages de particuliers. Parce qu’ils ne sont pas déclarés, les travailleurs domestiques sont rarement rémunérés au taux journalier du salaire minimum interprofessionnel garanti qui est fixé à 7075 Francs congolais (soit 2.57 dollars américains au taux actuel), depuis novembre 2023. Actuellement, selon le rapport d’enquête sur les conditions de travail de travailleurs domestiques, mené par UFEDOC en 2023, les travailleurs domestiques touchent mensuellement entre 21 et 50 dollars américains. Ce qui ramène à classer les travailleurs domestiques de Goma, en dessous du seuil de pauvreté absolue, car, ayant généralement un revenu mensuel de moins 65$ le mois.

UFEDOC, une association des femmes travailleuses domestiques, plaide pour une vraie réglementation de ce secteur et demande la ratification par le pays, de la convention 189 de l’OIT, sur le travail décent pour les travailleurs domestiques.

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