TRAVAILLEURS DOMESTIQUES EN DETRESSE : Un appel urgent à l'action face à la crise à Goma

La prise de Goma par le groupe rebelle M23 a plongé la population civile dans une crise humanitaire sans précédent, affectant particulièrement les travailleurs domestiques, déjà parmi les plus vulnérables en temps de paix. Selon Reuters, plus de 700 000 personnes ont été déplacées à cause des affrontements, accentuant la précarité et l'insécurité socio-économique.

Les conclusions d'une enquête menée en 2023 par l'Union des Femmes Domestiques du Congo (UFEDOC) sont alarmantes : les travailleurs domestiques de Goma exercent dans des conditions précaires, avec des salaires insuffisants et une absence quasi totale de protection sociale. Aujourd'hui, la guerre exacerbe ces injustices. 70% des employeurs qui ont fui la ville ou réduit leurs dépenses, laissant leurs employés sans travail ni ressources d’où 30% des travailleurs domestiques ont perdu leur emploi ; 30% de travailleurs domestiques travail plus de temps que prévus pour un salaire moindre, voire sans être payés ce qui à occasionner l’abandon de poste de travail à 10% pour des raisons d’un salaire moindre, pour un non payement ou les employeurs le laisse la garde de leurs biens et maison sans ressources ni soutien. Une centaine d'entre eux ont été touchés physiquement (blessure et destruction ou perte de biens e maison par pillage, bombardement et vole).

Plus grave encore, les travailleuses domestiques exposées à des abus et à l'exploitation silencieuse dans un contexte de chaos et d'impunité généralisés, 18 cas de violences basées sur le genre ont été signalés durant cette période de crise auprès de nos membres car 60% viennent des quartier populaires ou l’accès à la sécurité et à l’information est réduit, se rendre au travail est devenu un risque quotidien en raison des combats et du chaos ambiant.

La dégradation du tissu économique et social contraint certains employeurs et employés à fuir la ville, parfois vers les pays voisins. Ceux qui restent doivent faire face à des baisses drastiques de revenus et à l'incertitude quotidienne. L'accès aux services juridiques, sociaux et médicaux est considérablement réduit, exposant encore plus ces travailleurs à des violations de leurs droits fondamentaux.

TEMOIGNAGES POIGNANTS DES TRAVAILLEURS DOMESTIQUES OUBLIES

La guerre ne choisit pas ses victimes, mais elle frappe toujours les plus vulnérables en premier. La récente prise de Goma par le M23 a plongé des milliers de travailleurs domestiques dans une précarité sans précédent, les privés non seulement de leurs moyens de subsistance, mais aussi de leur dignité et de leur sécurité. Derrière ces chiffres alarmants se cachent des histoires humaines déchirantes, des témoignages de survie et de résilience.

KITENGE Joséphine , 45 ans mère de 8 enfants « je sais pas quoi faire »

 L’une de nos membres déplacés de guerre, vendeuse de légumes qui se trouve actuellement à l’hôpital.

«  j’étais blessée au niveau de la jambe pendant la guerre ici Goma, en étant ici à l’hôpital j’ai été informé que mon enfant est mort aussi par balle , vu l’état dans lequel j’étais, je n’ai pas eu la force d’aller l’enterré mon fils, il a été enterré par la croix rouge, ça me fait très mal, au moins si je pouvais au moins voir sa tombe mais il a été enterré avec d’autre dans une fausse, je suis ici il y a une proposition d’imputation, je me demande si on m’impute la jambe comment je vais vivre ? c’est grâce à mes mains et mes jambes  que j’arrive à nourrir ma famille, j’arrive pas à comprendre et à accepter que bientôt je serais handicape »

Divine Wilondja, 22 ans, mère célibataire d'un enfant de 8 ans : « Aujourd'hui, je n'ai plus rien »

Originaire de Bukavu, Divine a quitté sa ville natale dans l'espoir d'offrir à sa fille une vie plus stable et un avenir meilleur. Depuis trois ans, elle travaille à Goma comme cuisinière dans des ménages. Récemment, elle était employée dans un restaurant du centre-ville, mais la guerre a brutalement interrompu son quotidien.

 "Avant la, j'avais une vie stable. Mon salaire me permettait de subvenir aux besoins de ma fille. Mais avec l'arrivée du M23, notre patronne nous a demandé de rester chez nous 'jusqu'à nouvel ordre'. Depuis, je suis bloquée, chaque jour dans l'attente d'un appel qui ne vient jamais. Deux de mes collègues ont fui avec leurs employeurs à l'étranger, et je suis sans nouvelles d'elles. Mon dernier salaire ne m'a pas été versé et je n'ai plus rien pour nourrir ma fille. Nous avons demandé une avance, mais la patronne nous a dit qu'elle-même n'a plus rien : son restaurant a été pillé Aujourd'hui, je cherche désespérément un autre travail, pour éviter de sombrer dans la misère et préserver un semblant d'autonomie.

Aline Françoise, 25 ans, domestique : "J'ai cru que j'allais mourir"

Depuis un an, Aline travaille comme domestique dans un ménage à Goma. Pour elle, cette guerre a été une épreuve traumatisante.

Mais en chemin, tout était étrange : les rues étaient vides. Mais j'ai réussi à atteindre mon lieu de travail, mais j'y ai été bloqué toute la nuit, sans nouvelles de ma famille qui me croyait morte. Aujourd'hui, mon employeur ne va plus travailler, son bureau a été saccagé, et mon emploi est en danger. Si elle ne peut plus me payer, je n'aurai plus de quoi nourrir mes enfants.

Mugisho Kahina John, responsable d'une équipe de nettoyage : "Toute une vie de travail réduite à néant"

Avant la guerre, Mugisho et son équipe avaient réussi à bâtir un petit commerce prospère dans le nettoyage des véhicules. À force de travail acharné, ils avaient même investi leurs économies dans la fabrication de détergent.

"Nous étions fiers de notre travail, nous avions réussi à nous prendre en charge et à devenir autonomes. Mais pendant cette guerre, notre magasin a été vandalisé, nos stocks pillés. Nous avons tout perdu. Nous ne savons pas comment nous allons nous relever. Pire encore, la plupart de mes collègues ont fui vers le Burundi, laissant notre équipe décimée."

APPEL A L'ACTION

Ces témoignages ne sont pas isolés. Des centaines de travailleurs domestiques de Goma subissent les mêmes épreuves : pertes de revenus, exploitation, insécurité et violences. Plus que jamais, il est urgent d'agir :

·         La reconnaissance des travailleurs domestiques comme une catégorie prioritaire dans les interventions humanitaires et économiques post-crise.

·         La ​​mise en place de mécanismes de protection et d'accompagnement psychosocial pour les victimes de violences et d'abus. UFEDOC accompagne les travailleurs domestiques en détresse, leur offrant un espace d'écoute et d'orientation avec l’aide de ces partenaires.

·         L'instauration de programmes de relance économique ciblés pour restaurer les moyens de subsistance des travailleurs domestiques, dont la contribution à la société est essentielle.

Dans cette situation de crise, la demande est tellement croissante et nécessite plus des ressources pour y répondre favorablement. Les travailleurs domestiques sont la colonne vertébrale de nombreuses familles et foyers, et pourtant, ils restent invisibles dans les réponses humanitaires et économiques. Il est temps d'agir.

Ensemble, nous pouvons redonner espoir et dignité aux travailleurs domestiques de Goma.  

Merci de nous lire et de faire partie de ceux qui se soucient des autres.

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